
Madame la Directrice Interrégionale,
Le 18 septembre 2024, le bureau FO Justice Bémao sortait un tract intitulé « CP Bémao – Ma prison va craquer – Stop écrou !! », dans lequel il alertait la direction locale sur les effets néfastes et désastreuses de la surpopulation sur les premiers acteurs de la détention que nous sommes, mais aussi de la montée de la violence entre personnes détenues due à cette même surpopulation.
Le 08 novembre 2024, cette fois, c’est le bureau de FO Justice Bastè qui s’inquiétait de cette même surpopulation dans un tract avec comme titre fort et évocateur « MA B-T : Attention ça va péter ».
Madame la Directrice Interrégionale, ce n’est pas pour faire peur mais les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Au CP de Baie-Mahault, à la Maison d’Arrêt nous dépassons les 150 matelas au sol. Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2024, le service de nuit a reçu 8 arrivants. Ce fut un « casse-tête chinois » pour le Gradé de nuit pour les placer. Et double problème car la « cellule des arrivants, la MA2 Sud 21 » était condamnée pour une infection due à la gale. Cette même cellule qui accueille une quinzaine de personnes détenues pour environ 18m2. Des cellules double qui passent à 5 détenus.
A la Maison d’Arrêt de Basse-Terre, nous comptons à ce jour, environ 221 personnes incarcérées pour une capacité de 129 places à son ouverture. Des personnes entassées les unes sur les autres. Pour la seule journée du mercredi 06 novembre 2024, le service de nuit a reçu 5 arrivants.
Madame la Directrice Interrégionale, ce sont là des conditions d’hébergement indignes et qui laissent à désirer. Insalubrité, promiscuité, chaleur étouffante, humidité, nuisibles (rats, cafards, scolopendres, drogues et alcools…un cocktail explosif puissant poussant aux vices et à la violence. Impensable, intolérable pour des prisons de la République !!!
Bien avant notre dernière mobilisation du 28 octobre, et à la visio qui a suivi, ce problème de surpopulation carcérale avait été évoqué par FO justice Guadeloupe avec la Procureure de la République lors de son passage au CP. Madame la Procureure nous dit « faire des efforts pour minimiser et filtrer les mises sous écrou ». Nous avions évoqué également les solutions possibles pour désengorger nos établissements, mais aussi les difficultés que rencontrent les personnels (rythme de travail soutenu, fatigue physique, moral à zéro, stress, Burn-Out, désengagement, arrêts de travail…)
Attention, les personnes détenues lancent eux aussi l’alerte : « Surveillant, on tient encore mais jusqu’à quand », « Surveillant ça va péter », « Surveillant vous faites quoi pour nous » … Voilà les retours que nous avons des personnes détenues, en créole et pas forcément sur un ton clément. A la MA Basse-Terre, depuis mi-juillet, il n’y a plus de terrain de sport pour que les détenus puissent se dépenser (effondrement du sol) et les activités se font au compte-gouttes.
Madame la Directrice Interrégionale, pour tous les problèmes cités ci-dessus, FO Justice Guadeloupe demande qu’un écrêtage soit fait sur les deux établissements du Département et de mettre en place le transfert des longues peines vers des établissements hexagonaux et plus d’aménagements pour les courtes peines. Les longues peines, malgré leur demande et leur désir grandissant de partir, ne comprennent pas le pourquoi de leur présence encore dans les établissements guadeloupéens.
FO Justice Guadeloupe appelle à la collaboration de l’ensemble des magistrats. Actuellement, les établissements de Guadeloupe ne peuvent plus supporter le poids de l’écrou à outrance. L’incarcération devrait rester l’ultime recours. Nos prisons vont craquer et les conséquences pourront être incontrôlables et irréversibles pour les personnels ainsi que pour la population pénale. FO Justice Guadeloupe demande aux instances la mise en place d’une politique alternative à l’incarcération totale qui est actuellement en vigueur.
Madame la Directrice Interrégionale, il est impératif que des mesures soient rapidement mises en place, au grand risque de connaître la même situation qui a ravagé l’établissement pénitentiaire de Rémire Montjoly en Guyane (avril 2020) ou plus récemment celle de Majicavo à Mayotte (septembre 2024).
FO Justice Guadeloupe restera prudent et vigilent sur l’avancée de tous ces dossiers car il s’agit de nos conditions de travail et de notre sécurité au sein des établissements.
Malgré toutes ces difficultés et tout ce qu’il y a autour, FO Justice Guadeloupe félicite tous les personnels car ils effectuent au quotidien un travail titanesque pour tenir le bateau à flot, faire beaucoup avec très peu.
C’est grâce à notre courage, à notre abnégation, à notre sens du devoir bien fait, mais aussi à notre sang versé, que ces établissements fonctionnent encore ; et sans aucune reconnaissance de la part de notre Administration. La solution à notre fatigue, aux mauvaises conditions de travail et pour les coups et blessures reçus : des économies sur notre dos ! Mais nous nous battrons encore et encore !!
Madame la Directrice Interrégionale, notre organisation est prête, et l’a toujours été, pour entamer des discussions sérieuses et trouver ensemble des solutions dans l’intérêt des personnels et de nos établissements.
Bien cordialement.
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