
Le 22 janvier 2026 a marqué l’installation officielle du nouveau Directeur de la Maison d’Arrêt de Basse-Terre, en présence du Directeur Interrégional de la DSPOM.
À défaut d’avoir reçu le programme détaillé de cette visite, et surtout en l’absence d’un temps d’échange avec l’ensemble des représentants du personnel, afin d’aborder de manière sérieuse et constructive les nombreuses problématiques rencontrées au sein de notre établissement, le syndicat FO Justice Bastè n’a pas été en mesure d’y participer. La convocation adressée à notre bureau local semble malheureusement s’être perdue en chemin… Qu’à cela ne tienne : puisque nous n’avons pas pu nous exprimer oralement, nous le ferons par écrit.
Monsieur le Directeur Interrégional, depuis l’ouverture de notre établissement, pourtant présenté comme moderne, fonctionnel et exemplaire, le sentiment général du personnel est passé d’un réel espoir à une profonde désillusion. Très rapidement, les agents ont constaté une organisation inadaptée, un manque criant d’effectifs, et une gestion quotidienne devenue extrêmement éprouvante, tant sur le plan physique que psychologique. Le personnel travaille sans relâche, dans des conditions de plus en plus difficiles, et est confronté à :
• des mouvements incessants et mal régulés,
• une population pénale particulièrement violente,
• des problèmes constants de cohabitation,
• des trafics de stupéfiants récurrents,
• des agressions entre détenus,
• et une pression permanente exercée sur les agents.
Au milieu de cette réalité quotidienne, ce sont les personnels pénitentiaires qui encaissent, souvent à bout physiquement et moralement, exposés à une fatigue extrême, à une démotivation croissante et à un sentiment d’abandon institutionnel. Nous constatons avec une vive inquiétude :
• des agents régulièrement seuls à l’étage, en totale contradiction avec le principe de binômage prévu par la charte de gestion de l’établissement, pourtant essentielle à la sécurité,
• un absentéisme en forte augmentation, révélateur d’un mal-être profond,
• des agents contraints d’occuper plusieurs postes simultanément, mettant en péril la sécurité globale de la détention,
• des services de police et de gendarmerie contraints d’attendre parfois de longues minutes, voire davantage, faute d’effectifs disponibles, notamment entre 12h et 14h, créant des situations de tension et d’incompréhension parfaitement évitables.
Comme nous l’avons signalé à de multiples reprises, l’ouverture de cet établissement s’est faite sans effectifs suffisants, plaçant d’emblée les personnels dans une situation de surcharge chronique.
Aujourd’hui, les conséquences sont bien visibles : épuisement professionnel, désorganisation structurelle, fragilisation grave de la sécurité et un climat social extrêmement dégradé.
Le bureau local FO Justice Bastè souhaite également attirer votre attention sur un point trop souvent négligé : la reconnaissance du travail et de l’engagement des personnels les plus anciens de l’établissement. En effet, lors des cérémonies de récompenses, il est constaté que les surveillants les plus méritants, notamment au regard de leur ancienneté, de leur investissement constant et de leur exemplarité professionnelle, sont régulièrement oubliés. Après tant d’années de service, leur dévouement, leur loyauté et leur professionnalisme ne peuvent rester dans l’ombre. Cette absence de reconnaissance est vécue comme une profonde injustice, génératrice de frustration, de démotivation et de perte de sens. Il serait grand temps de mettre ces agents à l’honneur, de valoriser leur parcours, et de reconnaître publiquement leur mérite. Ils le méritent pleinement.
Le bureau local FO Justice Bastè souhaite également attirer votre attention sur un point particulièrement préoccupant : la proportion excessive de détenus condamnés à de longues peines dans notre établissement. Nombre de ces détenus n’ont absolument pas vocation à rester à Basse-Terre, et leur transfert vers des établissements adaptés devient urgent et impératif.
Nous exigeons par ailleurs une politique claire, ferme et systématique concernant les détenus agresseurs.
Un principe simple doit s’imposer : agression = transfert définitif. Il est totalement inacceptable que, trop souvent, ce soient les agents victimes qui soient déplacés, désorganisant les équipes, tandis que l’agresseur demeure dans l’établissement. Aujourd’hui, nous vous le disons avec gravité : le personnel est à bout. Les agents tiennent encore grâce à leur sens du devoir, leur professionnalisme et leur engagement, mais jusqu’à quand ?
Le bureau local FO Justice Bastè attend désormais des actes forts, notamment :
• un renforcement immédiat des effectifs,
• une réorganisation profonde du fonctionnement interne,
• une politique de transferts pénaux cohérente,
• une protection effective des agents agressés,
• une véritable politique de reconnaissance et de valorisation du personnel.
FO Justice Bastè restera extrêmement vigilant quant aux suites données à ce courrier et n’hésitera pas à employer tous les moyens syndicaux nécessaires pour défendre la sécurité, la dignité et la santé des personnels.
La situation est déjà assez grave. Ne la laissons pas devenir irrémédiable.
Sinon on agira en toute responsabilité !
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