La direction ARPEJ de Paris a inventé un concept révolutionnaire : la régulation qui ne régule qu’une seule chose, sa propre tranquillité.
Pour le reste, c’est l’auto-tamponneuse. Un ordre, un contre-ordre, un rappel la veille pour le lendemain, un planning qui bouge plus qu’un détenu en débat contradictoire et des équipages qu’on balade comme si leur vie personnelle était fournie avec le véhicule de service.
À ce niveau, ce n’est plus de la régulation : c’est du lancer de mission depuis un fauteuil
On nous parle de visioconférence, d’intelligence des moyens, d’usage malin de l’IDF. Très bien. Mais à la direction ARPEJ, la visioconférence, c’est exactement comme le vélo d’appartement : tout le monde en a un, personne ne s’en sert.
Pour économiser deux clics, on envoie un agent se taper neuf heures de route. La direction ARPEJ a trouvé le seul moyen de réinventer la visioconférence : l’A6, le péage et la fatigue en option. C’est beau, la modernité quand ça ne paye pas le gazole.
Le plus fort, c’est qu’ils savent tout calculer : kilomètres, rotations, départs, retours, agents disponibles ou non. Leur logiciel encaisse tout.
Le seul bug, c’est quand on tape le mot fatigue : écran bleu. (erreur 404 case non trouvée).
Dans un tableau, il n’y a pas de case « a une famille », pas de case « a déjà roulé toute la journée », pas de case « commence à en avoir plein le dos ».
Alors on arrondit l’humain à zéro et on appelle ça du pilotage.
Le repos de 11 heures, à la direction ARPEJ, ressemble à une bonne résolution du jour de l’an : ça fait sérieux dans les notes, ça sonne bien en réunion, mais sur le terrain, ceux qui rentrent tard repartent parfois trop tôt. Le repos devient une décoration réglementaire. Un concept. Un souvenir.
Quant au planning prévisionnel hebdomadaire, parlons-en. Déjà, appeler ça « prévisionnel », c’est presque une vanne. Il arrive parfois quand les agents ont déjà compris que leur semaine allait être charcutée, retournée et servie tiède comme un reste de cantine. À ce niveau-là, ce n’est plus de l’anticipation : c’est un faire-part.
On officialise le désordre quand le terrain est déjà dedans jusqu’au cou.
Et qu’on ne vienne pas nous vendre ça comme de la régulation. La régulation, normalement, ça organise. Là, ça épuise. Ça déplace les trous, maquille les manques, use toujours les mêmes bonnes volontés et appelle « solution » ce qui n’est qu’un report de galère sur le dos des agents.
Le terrain s’adapte aux rappels tardifs, aux repos rabotés, aux amplitudes qui débordent et aux changements de dernière minute. Mais l’adaptation n’est pas une ressource illimitée. C’est le cache-misère d’une organisation qui ne tient plus.
Les agents ne sont ni des rustines, ni des variables, ni des pions qu’on pousse depuis un bureau en appelant ça du pilotage. À force de tirer toujours sur les mêmes, il va falloir comprendre que la conscience professionnelle n’est pas une garantie constructrice.
Et là, on quitte la blague pour le sérieux. Une extraction, un mandat d’amener ou une mission sensible ne se prépare pas au doigt mouillé. La sécurité ne peut pas dépendre de l’humeur du jour ni du dernier contre-ordre tombé.
La vigilance ne se décrète pas dans une note de service. Un agent à plus de seize heures d’amplitude, avec un repos raboté, ce n’est pas un agent « opérationnel » : c’est un collègue qu’on pousse en mission avec la réserve entamée.
Parce qu’en extraction, quand ça décroche, ce n’est pas une prévision météo qui se trompe :
c’est toute la sécurité de la mission qui peut basculer.
À force de programmer au doigt mouillé, la direction ARPEJ transforme la vigilance en pari du jour. Elle est où la boussole ? Là, visiblement, on cherche encore le nord.
Les conséquences, la direction ARPEJ ne les voit pas depuis son tableau. Nous, on les héberge : la fatigue qui s’installe, les arrêts maladie qui s’empilent et un climat social qui se tend un peu plus à chaque planning sorti en roue libre.
À force de traiter le terrain comme du mobilier, on ne fabrique pas de l’engagement. On fabrique du dégoût.
FO Justice Paris le dit clairement : nous exigeons le respect réel de la charte des temps et du repos quotidien, un prévisionnel diffusé suffisamment tôt, un vrai recours à la visioconférence et aux moyens locaux lorsqu’ils sont possibles, ainsi qu’une préparation des missions sensibles à la hauteur de ce qu’elles engagent.
Que la direction ARPEJ Paris commence par réguler ses propres méthodes : pour une fois, elle aurait une mission qu’elle maîtrise du début à la fin.
Les agents PREJ ne sont ni des pions, ni des rustines, ni le service après-vente de l’improvisation parisienne.
À force de tirer sur la corde, la direction ARPEJ va finir par découvrir une chose : le terrain aussi sait tirer…sur la sonnette d’alarme.
Et celle-là, à FO Justice,
On ne la lâchera pas !