Prison de Rennes Femmes : Lettre Ouverte à la Directrice du Centre Pénitentiaire

Objet : Situation critique des personnels.

Madame la Directrice,

Le bureau local FO Justice, aux côtés des personnels, souhaite encore une fois, vous faire part de la dégradation des conditions de travail des collègues. C’est aujourd’hui l’épuisement général qui domine. Une grande majorité des agents exprime un ras-le-bol légitime.

Malgré une gestion allégée du fait de la période estivale, les personnels affichent une profonde usure. Beaucoup affirment leur volonté de quitter l’établissement si des mesures concrètes ne sont pas prises dès septembre. Il est nécessaire de prendre en compte la situation RH devenue critique et de ralentir CONSIDÉRABLEMENT la charge à l’intérieur dès la rentrée.

Madame la Directrice, avez-vous seulement conscience de la détresse des collègues ?

Si le CP Rennes peut donner, de l’extérieur, l’image d’un établissement structuré et exemplaire, la réalité en coulisses est tout autre. Les agents postés courent dans tous les sens. L’effectif en surveillantes chute mais la charge de travail ne cesse d’augmenter et les compteurs d’heures supplémentaires explosent.

Sachant qu’il est déjà difficile d’assurer la surveillance, les fouilles, les écrits, les mouvements et accompagnements… du fait, comme sur beaucoup d’établissements, de la carence persistante en personnel de surveillance, à quoi s’attendre à la rentrée, rien qu’avec la reprise du travail, du scolaire et de la formation ?

Madame la Directrice, si vous avez pour objectif de préserver les collègues et de leur donner les moyens d’exercer leurs missions dans des conditions respectueuses de leur engagement, vous comprendrez qu’il est IMPOSSIBLE ET IMPENSABLE, d’avoir une rentrée encore chargée en activités et en diversités d’actions au sein de l’établissement.

Madame la Directrice, nous n’avons pas les moyens de vos ambitions. L’usure des collègues est criante, leur mise en danger évidente. Vous devez agir rapidement dans l’intérêt de leur préservation et de leur sécurité.

Nos revendications vous sont connues. Il est vrai que nous apprécions la possibilité de vous rencontrer facilement pour échanger, mais force est de constater que rien ne change. Les propositions des collègues, auxquelles vous semblez pourtant adhérer, ne trouvent pas de suite.

Ce que les agents accompagnés de FO Justice exigent, ce sont des résultats, des avancées.

Comment justifier l’absence de réponse aux sollicitations répétées des personnels, alors même qu’il vous arrive d’accompagner des détenues en permission de sortie ? Cette situation interroge légitimement et peut, à juste titre, être perçue comme un manque de considération à leur égard.

Les rythmes de travail des collègues postés, déjà exigeants et fatigants avec de la ressources RH, sont devenus extrêmement néfastes à leur santé et leur sécurité. Pourtant :

Pas moins de 5 sorties médiation équine sont déjà programmées sur le mois de septembre – dont la dernière avec « nuitée en gîte » digne d’une Wonderbox – et vont mobiliser des surveillantes, malgré un effectif insuffisant pour leur permettre d’avoir des rythmes décents, et sachant qu’elles croulent, pour rappel, déjà sous les heures supplémentaires (malgré la présence de 7 élèves en stage 2…).

De qui se moque-t-on ?

Est-il nécessaire d’évoquer une sortie extérieure Badminton programmée un samedi, toujours en septembre, et pour laquelle la présence d’une surveillante est également requise. N’y a-t-il pas un gymnase suffisamment grand pour accueillir une telle activité à l’intérieur de la structure ?

Cela dure depuis trop longtemps. FO Justice n’a eu cesse d’être force de propositions et de dénoncer les difficultés que subissent les agents au quotidien. Aujourd’hui l’usure est bien présente et s’ancre davantage jour après jour. Comme l’a souligné une collègue pourtant très investie cette semaine :

« Ce n’est pas parce qu’on est là qu’on va bien. »

Une phase courte mais qui en dit long…

Outre ces problématiques, les personnels font face à des comportements inacceptables de la part de détenues, qui en sont à considérer les agents comme de simples exécutant-e-s à leur service, multipliant les exigences et sollicitations excessives. Les collègues ont beau recadrer, la remise en question n’y est pas. Elles veulent et exigent. Le respect de l’autorité des personnels dépositaires de l’autorité publique doit être remis à l’ordre du jour.

Que penser des conditions de travail dans lesquelles les surveillantes effectuent la surveillance promenade CD ? Plus qu’une honte, c’est un scandale ! Il est inacceptable qu’en 2025, après de multiples signalements de notre OS depuis de nombreuses années, les collègues y assurent encore la surveillance dans une guérite vétuste, poreuse et étroite, à peine digne d’une cabine téléphonique.

L’aberration nationale du placement des cas psy en détention ordinaire, qui sont extrêmement énergivores pour les collègues d’étages – qui n’ont pas vocation ni les moyens de leur prise en charge – ne fait qu’accentuer les difficultés rencontrées et l’usure des agents.

L’administration a de la chance de pouvoir compter sur l’engagement de personnels consciencieux et investis, mais jusqu’à quand ? Les arrêts tombent, les signes de fatigue s’intensifient : réveils difficiles, malaises, détresse psychologique… Les conséquences sont graves.

Le manque d’attractivité de l’établissement est flagrant. À chaque CAP de mobilité, les départs dépassent largement les arrivées, à l’instar de la dernière CAP, où nous comptabilisons huit départs pour une seule arrivée.

Avec une meilleure prise en compte des conditions de travail éprouvantes des collègues, de leurs demandes et propositions, peut-être que le CP Rennes retrouverait un peu d’attractivité et n’aurait plus, pour plaire, que sa belle structure, malheureusement elle aussi éprouvée, mais du fait de son ancienneté. Soulignons ici le travail remarquable du service technique, qui maintient les lieux dans un état de fonctionnement, malgré une charge de travail conséquente.

Madame la Directrice, ne dit-on pas qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire ?

Il est encore temps, mais il faudra faire vite.

Lire le communiqué