Nous n’allons pas prendre de détours.
Depuis des semaines, les personnels de notre interrégion encaissent. Agressions, tensions permanentes, incidents quotidiens : ce n’est pas une fatalité, c’est la conséquence directe d’un système que l’on a laissé dériver jusqu’à l’asphyxie.
Le taux d’occupation moyen régional est de 136 %. Mais derrière cette moyenne se cache une réalité explosive :
- Béthune : 223,8 %
- Amiens : 214 %
- Laon : 209 %
- Douai : 206,2 %
- Longuenesse : 195,9 %
- Valenciennes : 184,6 %
- Sequedin : 180,5 %
Ces chiffres signifient très concrètement deux détenus pour une place. Ils signifient des détentions saturées, des tensions permanentes, des agents exposés en continu. À ces niveaux, il ne s’agit plus d’optimisation, il s’agit d’un système en surcharge chronique.
Dans le même temps, les effectifs s’effondrent. Moins de surveillants pour tenir les bâtiments. Moins d’administratifs pour assurer un suivi RH correct. Moins de personnels techniques pour maintenir des structures déjà fragilisées. Une chaîne de commandement sous pression constante. Et malgré cela, on exige toujours davantage des équipes.
Cette logique n’est plus tenable. Elle est devenue dangereuse.
La régulation carcérale prévue par la loi SURE prendra du temps. Mais les personnels, eux, n’ont plus le luxe d’attendre. FO Justice exige l’activation immédiate des seuils de criticité établissement par établissement, en priorité dans les maisons d’arrêt dépassant les 200 %. Ces seuils, dont vous avez vous- même fixé la définition, doivent être finalisés sans délai et mis en œuvre concrètement afin d’adapter l’activité de chaque structure à la réalité des moyens disponibles.
Il en va de la protection des personnels et de la crédibilité de l’institution. Le “tout-carcéral” sans limite matérielle ni humaine produit des conséquences directes, et ce sont nos collègues qui en paient le prix.
On nous expliquera que des places peuvent être optimisées en SAS ou en QSL. Très bien. Mais à quoi bon alléger artificiellement les statistiques si c’est pour envoyer des détenus en “recherche d’emploi” que l’on retrouvera au PMU du coin, sans encadrement sérieux ni exigence réelle ? Cela interroge frontalement le sens de la peine. La réinsertion ne peut pas devenir un outil comptable destiné à masquer la surpopulation. Sans cohérence, sans contrôle et sans accompagnement solide, on ne règle rien, on déplace le problème.
Et cette pression ne repose pas uniquement sur les personnels de surveillance.
Les CPIP sont eux aussi à bout. Les portefeuilles explosent, les suivis se multiplient, les obligations judiciaires s’accumulent, entre accompagnement et contrôle renforcé. La charge de travail est devenue structurellement excessive. Comment garantir un suivi sérieux, prévenir la récidive ou préparer efficacement les sorties quand chaque professionnel gère des dizaines de situations complexes dans l’urgence permanente ? Là encore, le système atteint ses limites.
En matière de prévention, le principe est clair : ce n’est pas à l’homme de s’adapter à la machine, c’est à la machine de s’adapter à l’homme. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit. La machine judiciaire use, épuise et fragilise des professionnels engagés. Trop de collègues abîmés. Trop d’épuisement. Trop de vies personnelles sacrifiées.
Concernant les équipes de sécurité pénitentiaire, la restructuration et le logiciel LEO ont permis d’optimiser les missions extérieures. Mais à quel prix ? Nos ELSP subissent des organisations incohérentes.
Certains agents enchaînent des doubles missions pendant que d’autres sont disponibles sur base. Des missions longues distances sont réalisées sur une seule journée. Ce n’est ni cohérent, ni sécuritaire, ni respectueux des personnels.
Pour FO Justice, au-delà de quatre heures de route, une mission doit s’effectuer sur deux jours. La sécurité ne se négocie pas.
Nous saluons la mise en place, à titre expérimental, du système de ticketing RH. Nous espérons qu’il permettra un meilleur suivi des requêtes individuelles et des délais de traitement plus raisonnables. Mais un outil ne remplacera jamais des effectifs. Si les services sont embolisés, c’est d’abord parce qu’ils manquent de personnels.
Nous prenons acte de la création d’un département du recrutement et de la formation. Mais sans moyens humains supplémentaires et sans infrastructures adaptées, cela restera une annonce. Nous manquons de moniteurs, d’instructeurs, de formateurs. Nous ne disposons d’aucun dojo ni d’aucun stand de tir en propre. Notre dépendance complète à des associations ou à des municipalités n’est pas acceptable à long terme.
Un centre régional de formation est une nécessité stratégique.
FO Justice ne se contentera plus de constats prudents. Les chiffres sont alarmants. Les agressions se multiplient. Les charges de travail explosent. Les équipes sont à bout.
Il est temps d’assumer les réalités.
Il est temps de prendre des décisions fortes.
Il est temps d’agir.