Monsieur le Directeur,
Nous souhaitons tout d’abord présenter nos condoléances à la famille de notre collègue qui s’est suicidé hier et apporter tout notre soutien à nos collègues de Bordeaux.
La prévention des risques psycho-sociaux constitue un enjeu majeur dans les conditions de travail et le bien être des fonctionnaires. Et ce n’est pas pour rien qu’après, comme souvent, le privé, la fonction publique intègre enfin cet accord.
• Un peu de lecture pour se rafraîchir la mémoire, cela est souvent utile :
“Un accord-cadre relatif à la prévention des risques psychosociaux (RPS) dans la fonction publique a été signé le 22 octobre 2013123. Cet accord oblige chaque employeur public à élaborer un plan d’évaluation et de prévention des RPS d’ici 201512 ». Les plans d’action reposeront sur une phase de diagnostic associant les agents et qui devra intégrer les DUERP1. Les RPS sont définis comme les risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental.
Pourquoi avoir rappeler ce texte me direz-vous ? Il est bon parfois de rappeler les termes de cet accord et de voir encore le chemin, qu’il reste à la fonction publique et notamment à la justice pour atteindre ces objectifs.
On peut se cacher derrière le fait, qu’en effet les outils existent notamment avec le cahier d’hygiène et de sécurité, sans oublier les conditions de travail
Mais hélas, nous constatons de plus en plus de mentions dans nos registres d’hygiène et sécurité et pour certaines de manière anonyme de peur de représailles. Parfois les registres sont dans le bureau du directeur de greffe, excellente solution pour casser le thermomètre sur le moral des collègues et d’afficher pour la hiérarchie, une structure Potemkine sans le moindre problème. Circulez, il n’y a rien à mentionner.
• Il n’est pas concevable pour FO Justice que les collègues quels qu’ils soient viennent la peur au ventre pour travailler. Le lien entre tous a disparu et aujourd’hui, de plus en plus d’interventions des psychologues cliniciens sont demandées.
Est-ce la une manière de devoir travailler ?
Nous devons revenir sur les assistants et conseillers de prévention, qu’il est difficile, pour l’administration, de leur accorder du temps pour assurer leur rôle. Oui cette mission particulièrement utile, nécessite du temps, une véritable decharge pour déceler les souffrances, les difficultés, au travail, les fonctionnaires qui vont mal, et qui ne l’affichent pas toujours par pudeur. Il faut aller les chercher, les trouver, les rencontrer, leur parler, C’est un investissement, certes mais en aucun cas une perte de temps.
N’oublions pas qu’un fonctionnaire qui craque et se retrouve en burn-out comme il y en a de plus en plus est plus, c’est bien plus grave pour la communauté de travail, que quelques jours de décharges réelles.
Nous disons bien réelles, ce n’est pas le tout d’accorder quelques jours aux assistants de prévention pour assurer leur mission, il faut les décharger réellement de leur travail au quotidien.
A-t-on besoin de bilan psycho-social quand nos collègues se considèrent méprisés, considérant que le travail qu’ils effectuent n’apporte plus aucune plus-value car ils sont infantilisés, est-ce cela que le ministère de la Justice souhaite cautionner ?
Une hiérarchie toujours plus sourde à la souffrance de nos collègues, se trouvant souvent d’ailleurs elle-même entre le marteau et l’enclume et se retrouvant elle-même en grande souffrance. Nous sommes dans une spirale, plus les conditions de travail se dégradent, plus les objectifs se trouvent impossible à réaliser, et plus nous avons une souffrance au travail et des arrêts de travail.
Ne l’oublions pas, les fonctionnaires de justice, se comparent avec nos collègues des autres ministères, et ce n’est pas pour rien que les demandes de détachement explosent. Outre les primes qui restent dans la moyenne basse des autres ministères, les conditions de travail jouent également un rôle dans cette envie de partir de ce ministère.
Le ministère de la Justice est un ministère difficile, avec une charge de travail, particulièrement lourde et une pression permanente de la hiérarchie pour la réduction des délais, et cela à moyens constants. De nouvelles lois, souvent parfaitement légitimes, sont prises sans la moindre étude sur l’impact en termes de travail, sur nos collègues ou de manière totalement sous estimées. Les postes de travail, avec des imprimantes partagées, des logiciels hors d’âge augmentent encore ce sentiment de “ministère pauvre”.
Les agents attendent un soutien sans faille de leur hiérarchie, or celle-ci est par trop souvent défaillante. Le « on sait mais on ne peut rien faire » ne peut plus durer et n’a plus sa place si l’on veut comme nous tous DES CONDITIONS DE TRAVAIL DÉCENTES POUR NOS COLLÈGUES !