Déclaration liminaire : CSA-PJJ du 24 mars 2026

Monsieur le Président,

Le décret du 12 mars 2026 n’est pas une simple étape administrative, il scelle le destin des anciens CEF et UEHC. À l’aube de la rentrée de septembre 2026, la mise en œuvre des Unités Judiciaires à Priorité Éducative (UJPE) exige une réflexion globale afin d’adapter l’outil aux réalités de terrain. En effet, le passage aux UJPE est une refonte systémique qui engage, pour les années à venir, l’organisation du dispositif de placement et l’avenir des mineurs qui nous sont confiés.

Pour FO Justice-PJJ, le cahier des charges de ces unités est un point nodal non négligeable. Nos amendements bien en amont de CSA visent à répondre aux attentes légitimes des personnels.

Nous attendons de cette instance qu’elle consacre un cadre réglementaire qui ne soit pas un carcan, mais un bien bouclier protecteur pour les agents.

Toutefois, nous tenons à l’affirmer avec force, l’UJPE n’est pas la solution miracle à la problématique de la prise en charge des mineurs les plus en difficulté. Les questions organisationnelles telles que les rythmes de travail, les astreintes, les RPS, le management, la formation, le doublement des nuits, le pilotage, le rôle des directions territoriales, le lien avec les juridictions, la sécurisation des établissements, la mise en place des heures supplémentaires, le traitement des phénomènes de violence  devront faire l’objet de débats constructifs et de prises de décisions adaptées en faveur des professionnels et des mineurs suivis.

Le cahier des charges bien qu’indispensable ne peut constituer le seul outil de référence pour la bonne déclinaison des UJPE.

Monsieur le Président,

Notre organisation syndicale a délaissé l’opposition de principe et stérile pour un accompagnement vigilant. Partout sur le territoire, nos représentants ont veillé à ce que la réforme ne se transforme pas en séisme pour les personnels. Nous avons proposé, nous avons contesté, nous avons bâti des alternatives là où le projet initial menaçait l’équilibre des services.

Monsieur le Président,

​Cette réforme structurelle serait vouée à l’échec en l’absence d’une reconnaissance statutaire d’envergure notamment pour les CADEC et les Directeurs de service.

À la demande de notre organisation syndicale, deux délégations composées de CADEC et de Directeurs de service ont été reçues par la Chancellerie et la Direction de la PJJ.

Nous avons porté l’exigence d’une refonte des grilles indiciaires, du règlement d’emploi pour les CADEC et l’accès à la catégorie A + pour les Directeurs de service

Pour FO Justice-PJJ, la restructuration des établissements de placement dans un contexte de poursuite de la déclinaison du CJPM ne peut se faire sans une ambition statutaire à la hauteur des responsabilités démultipliées confiées aux cadres de la PJJ.

Monsieur le Président,

 ​Les échanges récents furent « prometteurs ». Pour autant, nous savons que les promesses sont conditionnées à la validation de Bercy. Nous comptons donc sur votre détermination pour porter et défendre cette réforme.

À ce titre, la mise en place de multilatérales au cours du mois d’avril pour  débattre de la réforme statutaire des CADEC et des Directeurs de service constitue un signe positif de l’administration.

Nous tenons à le saluer tout en rappelant que nous resterons vigilants jusqu’à l’obtention de cette réforme légitime et indispensable.

Monsieur le Président,

Concernant le rapport social unique, nous regrettons que nos demandes de chiffres ou de compléments d’information demeurent sans réponse et ceci en dépit de nombreuses relances.

Pour nourrir nos échanges, éviter les conjectures, les interprétations erronées ou les discours fantasmés, nous avons collectivement besoin de cartographies précises et de chiffres consolidés. Ces éléments complémentaires permettront d’objectiver nos positions respectives et sortir le cas échéant des représentations.  Ne pas répondre favorablement à ces demandes laisse planer l’idée que l’administration refuse  la transparence.

FO Justice-PJJ rappelle que le Rapport Social Unique (RSU) n’est pas uniquement un recueil de statistiques, c’est le miroir  d’une réalité préoccupante.

​Les chiffres de l’absentéisme y dessinent une géographie de la souffrance, particulièrement alarmante sur certains territoires. Certes, l’exigence de nos métiers est absolue, les difficultés quotidiennes et une charge mentale importante. Mais ne nous méprenons pas, ce niveau critique d’absentéisme est aussi le symptôme d’une administration en manque de bienveillance. Il se nourrit de la lourdeur des procédures, de la solitude des agents face à des choix d’experts discutables, et de services plongés dans une crise structurelle où le pilotage semble avoir perdu sa boussole. Pour restaurer le présentéisme, il ne suffit pas de comptabiliser les absences, il faut guérir la gouvernance.

​Par ailleurs, un autre point saillant exige un constat de vérité et notamment la montée inexorable de la violence. Ignorer ces données, c’est condamner délibérément les agents à l’insécurité. Si le « protocole violence » a permis de tracer quelques sentiers d’accompagnement, nous sommes encore loin du compte. Les difficultés demeurent nombreuses, certaines directions territoriales s’enferment dans une insensibilité coupable face aux agressions graves, tandis que l’application de la « charte violence » reste tributaire de la bonne volonté des cadres créant une inadmissible inégalité de traitement.

FO Justice PJJ dénonce avec force un dispositif de formation déconnecté des réalités de terrain et, plus grave encore, un vide sidéral en matière de prévention des phénomènes de violence.

À ce manque d’anticipation s’ajoutent les failles de sécurisation de nos établissements et des décisions juridictionnelles dont l’incohérence fragilise un peu plus chaque jour l’autorité et la sécurité de ceux qui œuvrent en première ligne.

FO Justice PJJ invite l’administration a profité des débats autour du RSU pour tirer des enseignements et fixer des nouvelles orientations nationales correctives en faveur de l’amélioration des conditions de travail du personnel.

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