FO Justice souhaite appeler votre attention, de manière formelle et circonstanciée, sur la situation particulièrement dégradée du centre pénitentiaire de Majicavo, telle qu’elle a été constatée lors de la visite effectuée par nos représentants nationaux, du 14 au 17 janvier 2026.
Plus d’un an après le passage du cyclone Chido, force est de constater que de nombreux travaux essentiels de sécurisation et de remise en état n’ont toujours pas été réalisés, en dépit des engagements pris par l’administration. Les filets de protection des cours de promenade demeurent absents, le mur séparant la cour 2 du bâtiment CDH n’a pas été rehaussé, et les SAS de la cour de promenade ne sont toujours pas opérationnels. Par ailleurs, l’établissement ne dispose toujours pas de mess, ce qui constitue un manquement grave aux conditions normales de fonctionnement.
La situation du bâtiment CDH est tout aussi préoccupante: aucune cellule ne dispose d’œilleton, ce qui pose un problème manifeste en matière de sécurité et de surveillance. À cela s’ajoute un état d’insalubrité avancé: réseau de plomberie hors d’usage, chasses d’eau et douches non fonctionnelles, les portes des locaux où se trouvent les gaines techniques sont fortement dégradées, laissant échapper des nuisances olfactives permanentes dans les coursives.
L’établissement, conçu pour une capacité théorique de 278 places, fonctionne en permanence avec un taux d’occupation dépassant régulièrement 240 %, voire 250 %, ( 300 % au CDH et 280 % MAH) rendant toute gestion normale, tant sur le plan sanitaire que sécuritaire, structurellement impossible.
La surpopulation carcérale atteint aujourd’hui des niveaux inédits depuis l’ouverture du site: quatre personnes détenues par cellule en maison d’arrêt, jusqu’à six dans certaines cellules du CDH, et pas moins de 325 matelas au sol. Les conditions de détention qui en résultent portent atteinte à la dignité des personnes et dégradent gravement les conditions de travail des personnels: 90 % des cellules sont dépourvues de réfrigérateurs, 90 % sans cabines téléphoniques, les changements de draps ont été interrompus durant plusieurs mois, les produits d’hygiène sont distribués de manière insuffisante, et la prolifération de nuisibles témoigne d’une dégradation sanitaire préoccupante.
Un an après la mutinerie, il apparaît, de manière objective, qu’aucune réponse structurelle n’a été apportée. Les personnels exercent dans un climat de tension et d’épuisement marqué par la surcharge de travail, l’accroissement des risques psychosociaux, des situations de burn-out et la crainte permanente d’un nouvel incident majeur.
À ces dysfonctionnements matériels et organisationnels s’ajoute une atteinte persistante aux droits des agents mahorais. Plusieurs collègues attendent toujours la reconstitution de leur carrière par la DSPOM, malgré des saisines anciennes et restées sans réponse.
D’autres agents attendent, pour certains depuis plusieurs années, le versement de la prime de sujétion géographique, alors même que les personnels nouvellement affectés en ont bénéficié. Les agents du SPIP, placés dans une situation comparable, ont pu percevoir l’ISG.
Enfin, des heures supplémentaires effectuées aux mois de juin, juillet et août 2024 n’ont toujours pas été réglées à certains agents, en contradiction manifeste avec les obligations de l’administration.
Au regard de l’ensemble de ces éléments, FO Justice demande formellement:
• La mise en œuvre immédiate des travaux de sécurisation et de remise en état du CP Majicavo.
• L’adoption de mesures concrètes et effectives de désengorgement de l’établissement.
• La construction d’un deuxième établissement dans les meilleurs délais.
• Le traitement sans délai des dossiers de reconstitution de carrière.
• Le paiement immédiat de la prime de sujétion géographique et le paiement des heures supplémentaires dues.
• L’octroi de moyens supplémentaires, notamment en matière de logements pour les officiers.
La situation actuelle ne saurait perdurer sans engager gravement la responsabilité de l’administration. En l’absence de mesures rapides et adaptées, les risques humains, sécuritaires et institutionnels ne pourront qu’être aggravés.
