Prison de Douai : Une Situation qui Nécessite des Réponses Concrètes et un Soutien Politique Fort !

Objet : Maison d’arrêt de Douai – une situation qui nécessite des réponses concrètes et un soutien politique fort

Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Monsieur le Maire,

FO Justice souhaite attirer solennellement votre attention sur la situation de la Maison d’arrêt de Douai et sur plusieurs difficultés majeures qui affectent aujourd’hui son fonctionnement, les conditions de travail de ses personnels et, plus largement, la sécurité de l’établissement.

À travers ce courrier, notre organisation ne souhaite pas simplement dresser un constat. Nous souhaitons pouvoir compter sur les élus de notre territoire afin que ces problématiques soient relayées et défendues auprès du ministère de la Justice et tout particulièrement auprès du garde des Sceaux.

La Maison d’arrêt de Douai fait actuellement l’objet d’importants travaux de rénovation et de mise aux normes, avec notamment la création de douches en cellule ainsi que le remplacement de nombreux vitrages.

FO Justice ne conteste évidemment pas la nécessité de ces travaux, attendus et indispensables à l’amélioration des conditions de détention comme des conditions de travail.

Toutefois, leur réalisation entraîne régulièrement la fermeture temporaire de secteurs ou de bâtiments et réduit mécaniquement les capacités d’hébergement disponibles.

Cette situation va prochainement connaître une étape particulièrement sensible puisque le bâtiment le plus important de l’établissement devra à son tour être fermé pour permettre la poursuite du chantier.

Cette échéance doit impérativement être anticipée.

Aujourd’hui déjà, afin de maintenir une capacité d’hébergement maximale, des personnes détenues sont installées à trois dans des cellules d’environ 9 m², avec le recours à des lits triples. Cette gestion va nécessairement devoir être généraliser dans les semaines à venir et cette situation atteindra nécessairement ses limites.

Elle augmente les mouvements, complique l’organisation quotidienne de la détention, multiplie les situations de tension et expose davantage encore les personnels.

Sans mésestimer les difficultés liées à la surpopulation pénale au niveau national, FO Justice demande que des transferts importants et anticipés de personnes détenues soient organisés avant la fermeture du bâtiment concerné.

Il serait incompréhensible d’attendre que l’établissement se trouve confronté à une situation ingérable avant d’agir.

Anticiper ces transferts permettrait au contraire de poursuivre les travaux dans de meilleures conditions, de réduire la pression sur les secteurs restant ouverts et surtout de garantir un niveau de sécurité acceptable pour les personnels et les personnes détenues.

Cette problématique ne peut être dissociée de celle des ressources humaines.

Depuis plusieurs années, et particulièrement sur la dernière décennie, la Maison d’arrêt de Douai a connu une diminution importante de ses effectifs alors que, parallèlement, les missions confiées aux personnels pénitentiaires se sont multipliées et complexifiées.

Aujourd’hui, l’établissement est régulièrement contraint de fonctionner en mode dégradé, aussi bien en journée qu’en service de nuit.

Les personnels compensent quotidiennement les postes vacants et les absences par leur disponibilité, leur investissement et la réalisation d’un nombre toujours plus important d’heures supplémentaires.

Mais l’engagement des agents ne peut pas devenir une variable permanente d’ajustement des effectifs.

La sécurité d’un établissement pénitentiaire ne peut durablement reposer sur la capacité des mêmes personnels à travailler davantage pour compenser les emplois manquants.

FO Justice demande donc qu’une attention particulière soit portée à la situation des effectifs de la Maison d’arrêt de Douai et que les besoins réels de l’établissement soient réévalués au regard de son activité, de ses contraintes et des évolutions de ses missions. Une révision de notre organigramme de référence nous parait indispensable.

Nous souhaitons également attirer votre attention sur une problématique qui concerne plus largement les personnels pénitentiaires : la reconnaissance de la pénibilité liée au travail de nuit et aux horaires décalés.

Pendant des années, parfois pendant l’intégralité d’une carrière, les personnels de surveillance enchaînent les nuits, les prises de service très matinales, les fins de service tardives et les changements réguliers de rythme.

Cette organisation a nécessairement des conséquences sur le sommeil, la récupération, la vie familiale et, à terme, sur la santé.

Les travaux de l’ANSES consacrés au travail de nuit ont d’ailleurs mis en évidence les effets de ces organisations sur le sommeil et différents risques pour la santé.

À cela s’ajoutent les contraintes propres au milieu pénitentiaire : impossibilité parfois de prendre son repas à des horaires réguliers, temps de pause réduits par les nécessités du service, tension permanente liée aux missions de sécurité et récupération rendue plus difficile par l’alternance des horaires.

La question n’est donc pas seulement celle de la pénibilité d’une nuit ou d’une journée de travail. Elle est celle de l’accumulation de ces contraintes pendant vingt, trente ou quarante années de carrière.

FO Justice considère qu’une carrière effectuée pendant des décennies avec des nuits et des horaires atypiques ne peut être appréciée de la même manière qu’une carrière réalisée exclusivement en horaires réguliers de journée.

Nous demandons donc une véritable reconnaissance de cette pénibilité, notamment dans la prise en compte des années de travail de nuit pour les droits à la retraite, notamment avec le déplafonnement de la bonification du 1/5ième, ainsi qu’une revalorisation de la prime de nuit.

Il ne s’agit pas d’obtenir un privilège, mais simplement de reconnaître une réalité professionnelle et l’usure qu’elle génère.

Enfin, nous souhaitons appeler tout particulièrement votre attention sur la sécurisation de notre établissement.

Les événements survenus ces dernières années démontrent malheureusement que les établissements pénitentiaires et leurs personnels sont désormais directement exposés à des menaces d’une gravité nouvelle.

En août 2024, la porte d’entrée du Centre pénitentiaire de Lille-Sequedin a ainsi été prise pour cible par des tirs d’arme automatique.

En avril 2025, le Centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède a lui aussi été visé par des tirs à l’arme automatique, dans un contexte d’attaques touchant simultanément plusieurs établissements et personnels pénitentiaires.

Ces événements doivent nécessairement conduire à revoir notre manière d’appréhender la sécurité des domaines pénitentiaires.

Les portes d’entrée, postes protégés, clôtures, systèmes de vidéosurveillance, dispositifs anti-intrusion, protections contre les projections et moyens de lutte contre les drones ne peuvent plus être considérés indépendamment les uns des autres.

La porte d’entrée principale de la Maison d’Arrêt de Douai, par définition donnant sur la voie publique, est fortement fragilisé et la visibilité à travers est considérablement réduite. En cas d’attaque, elle ne sera pas en mesure de protéger les agents occupants ce poste. Cela est l’une de notre priorité pour la sécurité de notre établissement.

Ils constituent désormais les différents éléments d’une politique globale de protection des établissements et des personnels.

Comme la PEP, notre poste central d’information est vieillissant et doit pouvoir bénéficier d’équipements et de protections adaptés aux menaces actuelles.

Des travaux concernant le remplacement des caillebotis sont également programmés.

FO Justice demande depuis plusieurs mois que cette opération soit mise à profit pour installer simultanément une grille en métal déployé, sur le modèle de ce qui a notamment été réalisé au Centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil.

Cette demande relève du simple bon sens puisqu’une intervention sur la maçonnerie est déjà programmée pour le remplacement des caillebotis, il serait particulièrement pertinent d’intégrer immédiatement cette protection supplémentaire plutôt que de devoir intervenir de nouveau ultérieurement.

Au-delà de son intérêt financier et technique, cette installation permettrait surtout de renforcer concrètement la protection de l’établissement face aux projections et aux nouvelles formes de menaces extérieures.

Les infrastructures pénitentiaires doivent évoluer au même rythme que les menaces auxquelles sont confrontés les personnels.

Nous ne pouvons pas attendre qu’un événement grave survienne à Douai pour constater, après coup, que certaines protections auraient dû être renforcées.

Nous comptons sur votre intervention auprès du garde des Sceaux

Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le Maire, ces différentes problématiques dépassent largement le seul cadre d’une revendication locale.

Elles touchent directement à la sécurité d’un établissement pénitentiaire implanté sur notre territoire, aux conditions dans lesquelles les personnels exercent leurs missions et à la capacité de l’État à garantir le bon fonctionnement du service public pénitentiaire.

Nous souhaitons que ces sujets puissent être directement relayés auprès du ministre de la Justice et de l’administration pénitentiaire afin que des réponses concrètes puissent être apportées.

La sécurité ne doit pas intervenir après le drame. Elle doit précisément permettre de l’éviter.

Enfin, nous serions particulièrement heureux de pouvoir vous accueillir à la Maison d’arrêt de Douai.

Une visite de l’établissement vous permettrait de rencontrer directement les personnels, d’échanger avec eux sur leurs conditions d’exercice et de constater concrètement les difficultés et les besoins que nous vous exposons aujourd’hui.

Nous restons naturellement à votre disposition pour organiser cette rencontre et vous apporter tout élément complémentaire utile à vos interventions auprès du ministère de la Justice.

Dans l’attente de votre retour et des démarches que vous pourrez engager, nous vous prions d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de notre considération distinguée.

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