Chers collègues,
Qui contrôle vraiment l’établissement ? On aurait pu croire que c’est la direction. Ou encore les personnels ?
Il n’en est rien ! Les personnes détenues, elles, contrôlent pratiquement tout et ne s’en cachent pas. Elles nous font tourner en bourrique quotidiennement, nous manipulent et nous usent à petites doses. À tout moment nous sommes à leur merci et tomber même si nous nous évertuons à dire « nous avons les clés ». Le constat est amer mais vrai !
Sans remettre en cause le professionnalisme des agents, qui jettent leurs dernières forces dans la poudrière pour maintenir à flot cette prison, les personnes détenues ont une longueur d’avance sur nous.
Encore faudrait-il avoir les moyens humains et matériels pour les contrer.
Pas assez d’effectif pour mener à bien nos missions régaliennes. Nous regrettons amèrement les années où chaque équipe comptait une vingtaine d’agents. Mais tout a basculé en moins d’une décennie. La faute à qui ? A la mauvaise gestion et au manque d’anticipation de notre Administration. Jamais le CP Bémao n’aura connu une telle crise en ressource humaine. D’ici la fin de l’année l’effectif frôlera les moins vingt agents. Sans compter les autres personnels sur site qui, eux aussi, sont en grandes difficultés et pas reconnus à leur juste titre.
Jamais FO justice Bémao ne cautionnera le « plantage », ce n’est non plus un appel à l’absentéisme mais nous respectons et respecterons le choix des agents usés qui prennent quelques jours pour se remettre et éviter de rester le tapis, malheureusement comme beaucoup d’entre nous. Nous préférons une semaine d’absence qu’une absence éternelle.
Niveau moyens matériels pour la sécurité de l’établissement : ZERO ! Le CP est devenu un bazar à ciel ouvert où l’on trouve tout. La nuit, le ballet des drones est incessant et ne cessera que lorsque le système anti-drone répondra présent. L’Administration n’est même pas capable de faire face à cette délinquance.
Pas étonnant, n’importe qui peut entrer sur le domaine. Dernièrement, un collègue a été suivi jusque sur le parking, heureusement sans gravité. Il y a quelques jours une dame, n’ayant pas toute sa tête, s’était présentée à la porte du QSL ensuite à la PEP. Elle a insulté et menacé des agents de nettoyage présents. Dans ces deux cas il a fallu appeler les forces de l’ordre pour ramener le calme.
La seule solution en notre possession…les fouilles. Hier encore, ces fouilles ont fait leur preuve. Seulement quelques cellules mais le résultat est là : un butin hallucinant a été saisi par les personnels !
- 2 aiguilles pour tatouer
- 26 téléphones portables
- 24 câbles de chargeurs
- 12 écouteurs
- 8 pics artisanaux
- 3 petites balances
- 27 chargeurs
- 2 PS4
- 1 télécommande TV filaire
- 1 Boitier WIFI
- 1 adaptateur
- Produits stupéfiants (herbes, cannabis, cocaïne)
- 1 Air Pod
- 1 Air Box
- 1 sac de médicaments
- 4 paires de ciseaux cassés
- 3 coques de téléphones portables
Voilà au point où nous en sommes en termes de « marchandises » qui gangrènent nos détentions et alimentent la population carcérale. Faites vous-même le calcul à l’échelle de tout le CP.
Et quand la surpopulation vient s’ajouter au débat, c’est le pompon. Malgré toutes les belles promesses de l’autorité judiciaire pour étudier des peines alternatives à l’incarcération, pour des sorties anticipées…Rien à faire. On nous dira que la Guadeloupe est criminogène, pas plus qu’ailleurs. Mi-juin le CP de Bémao franchissait la barre des 800 personnes incarcérées. Aujourd’hui c’est devenu la norme : 817 personnes incarcérées à ce jour pour 450 places et plus d’une centaine de matelas au sol.
Dans un dernier écrit, FO justice Bémao posait la question « Qui veut tuer le service public pénitentiaire au CP de Bémao ». Chers collègues, au risque de choquer certains de nos dirigeants, la réponse est notre propre administration.
Une administration qui ne nous donne plus les moyens matériels et humains pour mener à bien notre mission. Cette même administration qui est censée protéger ses agents.
FO justice Bémao demande que des mesures soient prisent rapidement pour assurer la sécurité du site. Quid de la barrière demandée pour filtrer les entrées sur le site ?
Vu la catastrophe RH, FO justice Bémao s’inquiète pour la santé des personnels qui n’ont plus vraiment de repos et qui s’éloignent de plus en plus de leur famille pour assurer la continuité du service. Comme par hasard, les risques psychosociaux n’existent pas pour ces personnels !
FO justice Bémao dénonce avec véhémence cet état de fait et réclame une réunion de crise avec les membres de la direction, la Cheffe de détention, un Officier de chaque secteur, un agent par Equipe/Service, la Psychologue et l’Assistant social.
FO justice Bémao félicite l’ensemble des acteurs qui ont participé à cette fouille à la MA. Ils ont montré que malgré la souffrance et la fatigue au travail, l’effectif réduit et le manque de moyens qu’ils résistent encore. Mais jusqu’à quand ?
Il faudra nous dire les choses, plus de deux ans à « tirer la langue » cela ne peut plus durer.
Nous sommes tous conscients que la situation est dure mais là, ce n’est plus un travail organisé, c’est de l’acharnement sur personnels !
FO justice Bémao demande à l’Administration une CAP de mobilité exceptionnelle pour la Guadeloupe et plus particulièrement pour le CP de Bémao.