Objet : Crise pénitentiaire majeure en Guadeloupe.
Monsieur le Directeur Interrégional,
Le syndicat FO Justice de Guadeloupe souhaite vous alerter de nouveau sur les difficultés que rencontrent les personnels, surtout ceux qui travaillent en détention. Rien n’évolue dans le bon sens au sein des établissements pénitentiaires de la Guadeloupe. Au contraire, la situation s’est considérablement dégradée. Une situation tellement critique, que certains personnels commencent à montrer leurs limites sur le terrain.
Le 14 avril 2025, vous aviez reçu les trois organisations syndicales de l’établissement suite à votre venue avec le DGAP.
Nous avions évoqué les difficultés rencontrées par les personnels en termes de crise RH, de sécurité et de surpopulation carcérale. Le 7 décembre 2025, lors de la visite du Garde des Sceaux, ces mêmes problématiques ont été rapportées au
Conseiller du Ministre, en charge de l’Outre-Mer, qui s’était engagé à tout faire remonter au Garde des Sceaux.
Depuis tout ce temps, et même des années avant, FO Justice Guadeloupe ne cesse de plaider pour une amélioration globale et sérieuse des conditions de travail des personnels. Notre organisation syndicale a lancé plusieurs alertes, que ce soit par mail ou par communiqués à destination de la DSPOM, concernant cette situation, mais malheureusement nos écrits et nos doléances sont toujours sans réponses. Aucune réponse positive en relation avec les réalités du terrain. Même les nombreuses mobilisations des personnels n’ont pas été prises au sérieux par notre administration. Pour les personnels ce n’est qu’un manque de considération de leur souffrance, eux qui portent à bout de bras les établissements et les différentes structures sous la tutelle du ministère de la Justice, pour la continuité du service public.
Pire, le 20 avril dernier, la liste des postes offerts à la mobilité du CEA de septembre 2026 a été publiée. La stupéfaction a laissé place la déception et à la colère des personnels. Uniquement 2 postes offerts pour le CP de Baie-Mahault. Une goutte d’eau qui ne résoudra en rien la situation critique des personnels.
A la Maison d’arrêt de Basse-Terre, même si l’établissement est neuf, les cellules sont déjà doublées et plus d’une vingtaine de matelas au sol. Basse-Terre montrera bientôt, elle aussi, ses limites en matière de capacité d’hébergement et conditions de travail pour les personnels. Aujourd’hui, tous les produits interdits en détention, « les colis », en provenance de l’extérieur et livrés par drones, pénètrent presque librement dans l’établissement. Ce phénomène presque quotidien engendre un climat d’insécurité pour les personnels, les premiers exposés aux risques. D’autant plus que certains détenus concernés appartiennent à la criminalité organisée.
Les saisies de produits prohibés se multiplient et traduisent une perte de contrôle particulièrement inquiétante et une grande faille de la sécurité au sein de nos détentions (CP Baie-Mahault et Basse-Terre). Notre organisation syndicale a déjà formulé le vœu de mettre en place sur Basse-Terre un système anti-drone et la mise en conformité de celui de Baie-Mahault. Prendre les devants, c’est assurer la sécurité des établissements et des personnels. Les personnes détenues, elles, ne se privent pas des dernières technologies pour leur bien-être et la gestion de leur business en détention, alors que niveau sécuritaire l’administration nous laisse à la ramasse.
Monsieur le Directeur Interrégional, ce déficit en personnels et cette surpopulation carcérale impactent directement les conditions de travail des personnels (des rappels sur les repos, un rythme de travail insupportable, une surcharge de travail,des heures supplémentaires en hausse constante et un ras-le-bol généralisé). Comme nous vous l’avions déjà expliqué, les personnels n’ont pas à souffrir des défaillances de notre Administration et de l’Etat en matière de sécurité et de RH.
Monsieur le Directeur Interrégional, souvent aux actualités, et même aux plus hautes sphères de l’état, il est question de souffrances au travail, de risques psychosociaux, de burn-out, mais sachez que c’est exactement la situation dans nos deux établissements pénitentiaires et dans les structures associées (SPIP, PJJ, tribunaux, etc…). De plus en plus d’agents sont confrontés à cette situation : plusieurs malaises survenus en plein service et deux collègues directement touchés par un AVC.
La question sur les causes à effets mérite d’être débattue car, force est de constater que ces conditions de travail déplorables au CP touchent à la santé des personnels. Avec 16 postes vacants sur le CP, toujours pas remplacés, l’avenir des personnels reste flou et le désespoir se lit sur le visage de chacun. D’autant plus que d’ici la fin de l’année, d’autres agents (environ 3) partiront à la retraite.
Par ailleurs, Monsieur le Directeur Interrégional, nous attirons aussi votre attention sur les autres corps de métiers qui interviennent au sein des différentes structures, dont font partie les personnels administratifs (PA), les Conseillers
Pénitentiaires d’Insertion et de Probation (CPIP) et les personnels techniques (PT), la PJJ, dans les Tribunaux. Ces personnels sont tout aussi fatigués, usés par une course aux résultats, au « peu mieux faire », tout cela imposé de manière indirecte par notre administration au détriment du bien-être au travail et au détriment de l’Humain. Eux aussi croulent sous l’entassement des dossiers ou de travaux ouverts un peu partout. En parlant de travaux, au CP le DAC 2 avance, certes, mais tout l’intérieur de l’existant est en piteux état et méritent un vrai «rafraichissement» ; problème de mobiliers, problème sécurisation des installations électriques, problème de locaux pour certains personnels, etc… qu’il faudra aussi prendre en considération.
FO Justice Guadeloupe ne peut plus tolérer de voir la situation de l’établissement et des personnels se dégrader de la sorte.
De nouveaux, FO Justice Guadeloupe se fait l’avocat des personnels et réitère sa demande de moyens adaptés pour nos établissements :
- Des effectifs supplémentaires tous corps confondus (des effectifs adaptés à la réalité du terrain).
- Un état des lieux rapide des effectifs PA, CPIP et PT pour constater et palier à la carence.
- Un plan d’urgence immédiat contre la surpopulation carcérale qui ne cesse de grimper.
- Des mesures concrètes pour la sécurité des agents.
- Des moyens technologiques avancés et efficaces contre les drones.
- Une fouille générale des établissements ou, à défaut, plus de fouilles ciblées.
- Des moyens matériels adaptés pour les ELSP (caméras piétons, le PIE, équipement renforcé…).
- Une solution pour la gestion des détenus présentant des pathologies psy à l’instar des dispositifs spéciaux mis en place dans l’Hexagone.
- Une prise en compte urgente de la souffrance au travail (ex : soutien psy, activités tierces pour le bien être des personnels, etc…).
- Une reconnaissance des personnels PA de la Justice en rapport avec le régime statutaire et indemnitaire.
- Une écoute réelle et des engagements concrets de la part de l’administration.
- La création de nouveaux locaux dans un bâti pérenne pour les CPIP.
Pour finir, Monsieur le Directeur Interrégional, n’oubliez pas qu’en Guadeloupe, la moyenne d’âge des personnels dépasse les 50 ans sur les coursives et que nous n’avons ni stagiaires ni élèves pour nous aider. Notre organisation syndicale ne peut pas considérer cette situation des plus désagréables comme une simple fatalité, car à défaut de réponses rapides la situation risque d’empirer.
Pour FO Justice Guadeloupe, toutes ces problématiques ne posent pas les bases d’un dialogue social sain, solide et constructif, car tant que les personnels seront soumis à une souffrance aussi intense, nous resterons dans une lutte légitime.
Peut-on considérer le silence et l’inaction de notre administration comme un aveu de faiblesse, ou encore une volonté de nuire au service public pénitentiaire de Guadeloupe au profit des autres territoires ?
Dans l’attente d’un retour de votre part, FO Justice Guadeloupe vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur Interrégional, l’expression de nos salutations respectueuses.