L’ouverture de négociations sur l’évolution statutaire des directeurs de la PJJ par la Direction Nationale s’inscrit dans un contexte de mutation profonde de la justice des mineurs et notamment des réformes à la PJJ (CJPM, UJPE notamment). Notre organisation syndicale considère que cette réforme doit impérativement aboutir à l’intégration du corps dans le périmètre de l’encadrement supérieur de l’État (Catégorie A+). Cette mutation repose sur une convergence nécessaire entre la réalité des responsabilités exercées et le cadre juridique et budgétaire qui les régit.
Seule organisation syndicale à revendiquer le passage en A+, nous avons obtenu une bilatérale avec le Directeur de la PJJ le 26 février 2026 en attente d’une rencontre avec Le Garde des Sceaux.
I. La section DS FO Justice PJJ rappelle la réalité des responsabilités de direction
Le directeur de service ou d’établissement PJJ assume aujourd’hui des fonctions qui dépassent largement le cadre historique de l’encadrement éducatif.
– Une complexité décisionnelle accrue : La mise en œuvre du Code de la Justice Pénale des Mineurs (CJPM) a renforcé la dimension juridique du pilotage. Le directeur est le garant de la légalité des parcours, sous le contrôle étroit de l’autorité judiciaire, dans un environnement où la réactivité est devenue la norme.
– La gestion des risques et la responsabilité pénale : À l’instar des chefs d’établissements pénitentiaires, le directeur PJJ porte une responsabilité civile et pénale directe, notamment dans la gestion des incidents, de la protection des mineurs et de la sécurité des agents. Cette exposition permanente aux risques juridiques est le marqueur d’un emploi de catégorie supérieure.
– Le pilotage d’organismes médico-sociaux (ESSMS) : La gestion des structures PJJ impose la maîtrise des cadres budgétaires et réglementaires de l’action sociale (loi 2002-2). Les directeurs pilotent des Budgets Prévisionnels et conduisent des démarches d’évaluation de la qualité exigeantes, identiques à celles pratiquées dans les secteurs sanitaires et médico-sociaux de l’État qui sont récemment passés en catégorie A+. Les directeurs PJJ appliquent aussi les obligations relatives aux ERP et gèrent la maitrise des risques.
II. La section DS FO Justice PJJ exige la convergence indiciaire et indemnitaire
La reconnaissance du caractère A+ du corps doit se traduire par une refonte des grilles de rémunération, afin de mettre fin à une asymétrie de traitement persistante au sein de la fonction publique.
– Harmonisation de la grille indiciaire : La comparaison avec les directeurs des services pénitentiaires (DSP) révèle un décrochage significatif. Nous préconisons un alignement des indices de début de carrière et des indices sur les standards de l’encadrement supérieur du ministère de la Justice.
– Refonte du régime indemnitaire (RIFSEEP) : Le régime indemnitaire actuel ne valorise pas suffisamment les sujétions spécifiques à la PJJ. Il est nécessaire de rehausser les plafonds de l’Indemnité de Fonctions, de Sujétions et d’Expertise (IFSE) pour qu’ils soient cohérents avec ceux des corps comparables de la haute fonction publique, prenant en compte la permanence du service et la technicité du management pluridisciplinaire.
III. La section DS FO Justice PJJ exige la fluidité du déroulé de carrière et l’attractivité
La réforme doit briser le “plafond de verre” qui limite l’évolution des directeurs PJJ au sein du ministère et de l’interministériel.
– Refonte des règles d’accès au hors classe (qui ne sont pas si claires en dépit de la grille de notation) et augmentation du nombre de places dédiées (par la LA et l’examen) : À l’instar des autres corps de direction, l’accès aux échelons les plus élevés doit être facilité pour permettre de pourvoir les postes fonctionnels au lieu de faire appel à des contractuels ou des détachements entrants pour des postes stratégiques nécessitant une connaissance métier et des enjeux techniques et managériaux.
– Interopérabilité statutaire : L’alignement sur le statut A+ doit permettre une mobilité réelle vers les emplois de direction de l’État (sous-préfectures, directions départementales interministérielles, administration centrale). Actuellement, la différence de statut constitue un frein à la reconnaissance de l’expertise des directeurs PJJ hors de leur direction d’origine. Or, les pouvoirs publics par la loi de transformation de la fonction publique, appellent de leurs vœux une plus grande fluidité des parcours et une agilité des cadres.
IV. La section DS FO Justice PJJ exige l’équité
Les directeurs PJJ gèrent des politiques publiques multiples et complexes (prévention de la délinquance, prévention de la radicalisation, santé, insertion …) pourtant, ils ne bénéficient pas d’un statut A+.
Au sein du ministère de la Justice, la récente réforme du corps des directeurs des services pénitentiaires a acté leur passage en catégorie A+. Le maintien des directeurs PJJ en retrait de cette évolution crée un risque d’attrition des compétences et une perte d’attractivité pour les concours externes et une perte d’attractivité plus largement pour le métier (détachements, mise à disposition, réorientations professionnelles et départs massifs), au détriment de la qualité de la prise en charge des mineurs. Nous rappelons que les directeurs sont de surcroit des managers de managers (cadres intermédiaires) et que les équipes pluridisciplinaires sont composées en grande partie d’agents de catégorie A (éducateurs, psychologues etc…et les CADEC) donc cet alignement catégoriel est un non sens en regard des responsabilités qui incombent aux directeurs PJJ (volume horaire exponentiel fondé sur l’article 10, gestion des risques et incidents, management multi-sites, partenariats multiples, gestion SST, gestion de budgets importants, etc…)
Pour La section DS FO Justice PJJ, la transformation du corps des directeurs de la PJJ en corps de catégorie A+ n’est pas une simple revendication pécuniaire, mais une mesure de justice administrative. Elle vise à doter la Protection Judiciaire de la Jeunesse de cadres supérieurs reconnus, mobiles et rémunérés à la hauteur des enjeux régaliens qu’ils servent.